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Déréliction, bourgeoisie, et autres inconséquences
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murdetissu@hotmail.com
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"Bousculer les gens est en dessous de SA dignité, la populace pousse, mais pas une violoniste, une altiste. SON instinct de propreté est extrêmement développé. Des corps sales forment autour d'elle une forêt de résineux. Bien sûr, la saleté corporelle, les effluves redoutables s'échappant des aisselles et des entrejambes, la légère odeur d'urine de la vieill
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mercredi, juillet 30, 2003
30-31 juillet 2003
En ce moment quelque chose se passe. Un non-événement tragique ou une sorte de fêlure.
Etais-je veule ? Le dernier jour de juillet approche cependant que je m’éloigne. A la dérive peut-être.
13:17
dimanche, juillet 27, 2003
Déambulation hors de la trajectoire sociale.
Pour m’affranchir de l’aliénation boueuse dans laquelle je barbote depuis des mois et qui mouchette de sanglots sombres et gluants mon orgueil, je me suis livré à un étonnant sacrifice. C'était il y a quelques semaines.
Un soir donc, alors que je rentrai d’une réception que trop de faste avait rendu fastidieuse et dont les hôtes n’avait connu mon nom que par ces hasards de dernière minute qui pondèrent les contretemps les plus fâcheux et les incertitudes les plus médiocres (recommandé sans doute par une connaissance qui n’a depuis pas osé me confesser ce méfait - que voulez-vous ! à l’époque on me reconnaissait encore une certaine tenue et une compagnie assez estimable, quelques vertus de salon dont je me suis dépareillé depuis), l'envie me vînt d'emprunter un autre itinéraire que celui qui mène habituellement à ma demeure. Quelques détours en somme (sans doute avez-vous remarqué mon inclinaison pour les promenades).
Je me raccompagnais donc, ivre et digne comme il convient en de pareilles circonstances, lorsqu’une vision, aussi fugitive que par la suite son emprunte fût tenace, vint entraver l’écoulement paisible de mes pensées. Il ne s’agissait ni d’une de ces tentatives de démembrements barbares (énucléation, entre-autre réjouissance..) dont je m’éprenais parfois les nuits de grand tourment, ni de la perspective de ces « nouvelles vies » que j’imagine loin du monde et dépourvues de parisianismes, encore moins d’intentions suicidaires (à quoi bon s’anéantir une nouvelle fois ?) . Non, le dessein vers lequel les entrelacs de la nuit et des liqueurs m’accompagnaient semblait à vrai dire bien plus terrifiant que les délires psychotiques(auxquels je n’accorde désormais qu’une considération distraite) qui procèdent en général de mes sombres humeurs.
Avant d’aller plus loin (et puisqu’il me faut marquer, à mon grand regret –aurais-je l’envie de reprendre la relation de cet épisode au combien désagréable de ma vie / et puis rappelez-vous mes inconstances !- une césure) , il convient de préciser que quoique cet événement ait révolutionné, il ne fût toutefois qu'un échec. Un de plus en la matière.
13:19
Temps décolorées
Pas encore dormi cette nuit. Difficile d’insuffler à cette journée un quelconque relief, ce qui est bien. Je ne suis pas tout à fait sûr de m’ennuyer, ce qui finalement n’est pas mal non plus. Ma neurasthénie me porte; en même temps, je la reprends à mon compte, instants par instants. Voilà ma façon d’être-dans-le-monde et je m’efforce d’y mettre de la conviction.
Tout de même, je m’interroge sur les périls qui menacent une conscience de soi trop discontinue. Je pense par soubresaut et ne me saisis qu’à l’occasion. Cette dépendance à l’opportunité me trouble en ce sens qu’elle réduit ma réflexivité à un jouet contingent et capricieux. J’aimerai disposer à loisir de la faculté de me réinjecter dans certains paradigmes. En bref, revenir à l’essentiel une bonne fois pour toutes.
Faire le deuil de mes croyances, par exemple. Parfois je pense que ma jeunesse m’accable (aucun rapport avec mon âge, évidemment), que j’avance les yeux fermés.
06:28
06:28
samedi, juillet 26, 2003
Alors oui, qu’en reste-t-il ?
D’imposants moments d’absences entrecoupés de phases de travail succinctes, tout en liaisons tout en saccades. Un bloc massif en apparence, mais mouvant de l’intérieur. Englué dans ce carcan : mon ordinateur portable, la rencontre hâtive de deux camarades, trois interrogations précises en matière d’urbanisme, une lecture bâclée, mes cigarettes, une heure de sommeil, ma démarche peu assurée, mon futur proche ou l’autre vie, une dizaine de possibles auxquels je n’ai pas donné suite et dont une bonne moitié survit encore, l’angoisse diluée par l’ennui, le pavillon, une sédentarisation assumée et un peu de conformisme. Cet agrégat, devenu pâteux à force d'appropriation, me surplombe désormais : trop de familiarité et pas assez de froideur. Le jeu ordinaire de coïncidences, l’homme se considérant comme une espèce.
A chaque instant infime, je cesse de me survivre . C’est une oscillation perpétuelle, une dialectique qui se reproduit à l’infini et qu’ aucun «coup d’arrêt» ne saurait stopper. Une révolte nouée n’y suffirait pas non plus, c’est entendu.
Précisément il faudrait quelque chose de définitif, d’aussi inerte que la roche.
D’où ma difficulté de coïncider avec moi-même.
02:55
jeudi, juillet 24, 2003
10h15
La salle d’attente imprime son engourdissement grisâtre sur tous les visages. La plupart des malades sont déjà vides et prostrés. Nichés dans une anxiété molle, ils se transforment en vrais buvards. Ici un vieux qui se lamente en chuintant, là une grosse femme baveuse se concentre sur un magazine aussi fripé que sa chair pendante. L’air est humide. Je stagne avec eux, partageant sans trop y penser leurs souffrances et leurs moisissures. Leur teint olivâtre et décomposé… Moi-même je ne dois pas avoir très bonne allure. Je sens que même le médecin met un peu de temps à me reconnaître. Enfin, il me fait entrer; etrenne sa voix sur quelques banalités avant de rentrer dans le vif du sujet; m'informe; m'ausculte; déballe ses conclusions, j'apprécie de disposer aussi facilement des services de la science; m'indique la somme à payer et me racompagne.
Que reste t il à cette journée?
02:20
02:20
dimanche, juillet 20, 2003
06:24
128 kbps
La playlist de La Nausée s'étoffe sur Last Radio :
Keith Jarrett
Herbie Hancock
Miles Davis
Chick Korea
Thelonius Monk
Eric Satie
Stephane Grapelli
Steve Reich
Karlheinz Stockhausen
Serge Gainsbourg
06:22
samedi, juillet 19, 2003
03:53
Eaux
Une toux sèche et morcelée comme un hoquet finit d’éreinter la carcasse souffreteuse qui me faisait face. Imbibée des buées thérapeutiques qui envahissent à intervalles réguliers les lieux de cure, la constitution débile du vieillard achevait de se gâter à force de spasmes et de décomposition. Chaque inspiration était une occasion pour la chair suintante de se rabougrir un peu plus ; à chaque expiration on aurait juré qu’il n’y avait plus rien de vivant pour animer cet organisme momifié.
Puis les fumées dissipèrent, sans grande peine, cette apparition et je répondis nonchalamment à l’appel de mes soins.
Traversant une allée de colonnes et de mosaïques jaunies (les miasmes des infections se marient de bon cœur à l’humidité de l’endroit, ce qui explique sans doute le dépôt ambré maquillant les longs couloirs dont la traversée m’était quotidiennement imposée), je songeai avec ennui aux funestes vacances auxquelles ma constitution anémiée m’avait contraint. S’oxygéner exclusivement des vapeurs de tabac me vaut ainsi, le temps d’un séjour que j’écourterai de toutes façons, de faire honneur aux inhalations d’eaux, multiples liquides aux exhalaisons chargées d’ennui.
J’ai pourtant sur moi une petite fiole qui ne me quitte que durant les bains et qui me permet d’entreprendre mille voyages à moindre frais : une goutte sur la langue et me voilà virevoltant au dessus de ce temple de brume. Il y a tout de même des pensionnaires bien singuliers. C’est l’un d’entre eux, petit homme sans âge et bienveillant, qui m’a offert cette drogue dont le nom m'a échappé.
En arrivant dans la salle, les regards se fixent sur mes pupilles distendues et je m’allonge sourire aux lèvres.
03:52
jeudi, juillet 17, 2003
La réverbération les disloque…
13h22
A nouveau posté en parallèle de la croisée, j’y songe à deux fois avant de détourner le regard des végétaux enluminés, dont les reflets ondoient et se bouclent jusque sur les touches du clavier.
Tic-Tac, tapote et serpente, mais jamais ne te détourne.
13h23
Depuis une quinzaine d’heure je suis comme apaisé, et c’est un petit bonheur que de ne plus penser, ou alors rien qu’un peu, juste assez pour décrire cette digression béate, vécue de l’intérieur. On se cloître dans une pensée évanescente, admirant ce qui décline, jusqu’à ce que la tranquillité se névrose de nouveau.
13h25
Plus de filtre ni de latence entre la pensée et le clavier, se répandre en toute simultanéité, sans entrave. Et s’accorder, le temps d’un post, l’auréole de l’anarchisme le plus crasseux.
04:34
mercredi, juillet 16, 2003
12:28
Paroxysme
J’atteins le point de rupture… péniblement d’ailleurs.
La tension se cristallise, âpre et rocailleuse, me fend et me vide sans aucun ménagement. Mais que peut-on escompter de cet ordre de puissance, si ce n’est la sourde frénésie qui dépèce les âmes pessimistes, ou l’épineux murmure qui écorche, avec une périodicité qui confine au supplice, les tempéraments indécis ?
Se saisir du filet de persistance qui ruisselle le long de mes aspérités (car cette tension, si saisissable, heurte sans cesse, dans d’atroces déflagrations, la rugosité qui m’enclave) …puis tout est subitement si vaporeux..
Il y a quelques jours Carla m'a parlé de mescaline, mais c'est un autre sujet.
12:27
lundi, juillet 07, 2003
Césure
La Nausée se tait pour quelques temps.
Par petites gorgées (en attendant) : AR
23:52
dimanche, juillet 06, 2003
08:06
Eléments constitutifs
Démembrements aléatoires du dernier post de Sélian :
gogo-girls
auréole d'une buée céruléenne
spécialiste de Thomas d'Aquin et Guillaume d'Occam
chauve-souris
créature des Halles
une thèse sur la Toison d'Or au XVIe siècle
gogo-boys
cénacle vipérin
les longs cils jais ornant ses yeux d'une frange de khôl
ravagé par la vérole
alcools et de drogues
muséum de tératologie
Un carnet de bord aux effusions paisibles et maîtrisées.
08:06
Evocation
S’occuper de soi à plein temps n’est pas chose aisée. On doit faire tourner la machine en circuit fermé, toujours avoir conscience d’avoir conscience….bref activer sans relâche toutes ces choses qui absorbent l’individu et tentent de le réduire à lui-même. Dégraisser les passions qui poissent, rester à l’affût de la moindre once de mauvaise foi, tels sont les fardeaux de ceux qui cherchent à se connaître sans fards, et qui peuvent, s’y l’on n’y prend garde, conduire à la folie.
J’eus l’opportunité de croiser l’un de ces laïcs au détour d’une de ces ennuyeuses réunions familiales qui ponctuaient jadis ma vie d’adolescent. Le personnage, vague cousin éloigné, en dépit de son apparente décontraction, de brefs éclats de verve et d’une rude logique politique, a surpris toute a sphère bourgeoise au sein de laquelle il évoluait depuis des d’années.
Nul n’aurait pu soupçonner les névroses qui animaient ce directeur d’une société de conseil politique, lecteur de Machiavel, marié à une universitaire anglaise. Encore aujourd’hui personne ne saurait douter de la stabilité, maintes fois éprouvée, de ce caractère équilibré, et à dire vrai personne ne s’explique, plusieurs années après ce 2 juillet, la soudaine disparition de cet individu.
Moi seul connais les failles vertigineuse de l’homme qui animait les mornes repas annuels, ainsi que les tourments qui, j’en ai la conviction, l’ont détourné, au moins pendant un temps, du suicide. Mes investigations, aussi embryonnaires soient-elles, m’ont en effet permis d’accéder à cet esprit hors-normes par la grande porte, puisque ce parent était diariste. J’ai retrouvé, il y a deux mois de cela, son journal…
03:04
mercredi, juillet 02, 2003
Don't try this at home (moi-même je ne m'y risquerai pas)
La lucarne déverse un mince faisceau de lumière, fissurant l’obscurité dans laquelle je m’étais réfugié. Mes yeux infectés de nodules se révulsent et se mettent à saigner. Pourvoyeurs de milliers d’images auxquelles je n’ai jamais accordé la moindre signification, ces deux globes striés de rouge purulent en leurs orbites. Ce que je vois m’embrume, palpite et se tend. La souffrance m’ exalte, me rend fou : les larmes se mêlent au sang. Il faut me délester de ces charnières viciées. Tout de même, observons une dernière fois cette dizaine de doigts, le plus près possible, avant qu’ils ne se muent en vulgaires instruments chirurgicaux. L’index se rapproche, appuie un peu sur la pupille, mais visuellement, je n’en saurai pas plus. Mes extrémités me libèrent enfin, saisissent et arrachent ces sphères pourries de leurs nervures. Le tout(-organique) se désaxe en craquant, dans une spirale d’inintelligibilité effrayante.
(Le déchirement accompli, la chute s’amorce à n’en plus finir. Puis la légèreté comble l’angoisse…)
Narcisse énucléé, j’ai désormais tout le loisir de me contempler. Je n’aurai plus à détourner le regard de mes propres visions ; et je me moque de savoir si celles-ci me trompaient ou me renseignaient fidèlement. Simplement, ce qui ne s’adresse pas à moi ne doit pas m’encombrer.
06:39
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